Un mardi matin, sur un chantier. Un commercial passe « par hasard », complimente le travail, sort une tablette : « J'ai regardé, vous n'êtes pas sur Google. On vous fait le site, la première page, tout compris, pour le prix d'un plein par semaine. » Vingt minutes plus tard, un maçon de 45 ans a signé du doigt, entre deux gâchées, un document qu'il n'a pas lu. Il pense avoir commandé un site web. Il a signé un contrat de location financière de 48 mois.
Ce scénario se rejoue chaque semaine sur les chantiers de France. Il ne relève pas du détail commercial : la différence entre acheter un site et signer une location financière, c'est la différence entre acheter une perceuse et s'engager à payer une perceuse pendant quatre ans à quelqu'un qui n'est pas celui qui vous l'a vendue — même si elle ne perce pas.
Vous ne louez pas un site, vous signez un financement
Le montage repose sur trois acteurs, et c'est là que tout se joue. Le prestataire web crée le site et vous démarche. L'organisme de financement (une société de location financière) achète le contrat au prestataire et devient votre créancier. Et vous, vous payez vos loyers… à l'organisme de financement, pas au prestataire.
La conséquence n'apparaît que le jour où le site déçoit. Vous appelez pour vous plaindre : le prestataire vous renvoie vers le bailleur, « c'est lui que vous payez ». Le bailleur vous répond qu'il n'a jamais promis de site — il a financé un contrat, il n'est pas responsable de la qualité du livrable. Le paiement, lui, reste dû. C'est exactement la mécanique du leasing de photocopieur, transposée au web : un loyer versé à un organisme de financement, c'est un crédit qui ne dit pas son nom — sans les protections de l'emprunteur, puisque juridiquement ce n'en est pas un.
Le signal psychologique : un loyer de 150 € par mois paraît indolore — c'est « un plein par semaine ». Le cerveau compare le loyer à une dépense courante, jamais au total. Sur 48 mois, ce « plein » devient 7 200 € : le prix d'un utilitaire d'occasion, pour un site vitrine de quelques pages.
Pourquoi « je ne suis pas satisfait » ne suffit pas à résilier
Entre professionnels, un contrat signé est un engagement ferme. Le droit de la consommation — celui qui protège un particulier contre le démarchage abusif — ne s'applique pas par défaut à un artisan qui signe avec son cachet d'entreprise. Résultat : l'insatisfaction, même documentée, ne délie pas du paiement. Cesser de payer unilatéralement est la pire des réponses : le bailleur prononce la déchéance du terme, exige le solde de tous les loyers restants d'un coup, et le dossier part au contentieux.
Le déséquilibre est structurel. Le site déçoit ? Votre litige est avec le prestataire — mais c'est le bailleur que vous payez. Le prestataire dépose le bilan ? Les loyers restent dus au bailleur, qui n'a pas disparu, lui. Vous voulez partir à l'échéance ? Relisez la clause de reconduction : beaucoup de contrats se renouvellent automatiquement si vous ne dénoncez pas dans une fenêtre précise, plusieurs mois avant le terme.
Il existe pourtant une brèche, méconnue et précieuse — nous y revenons plus bas : l'article L221-3 du Code de la consommation étend le droit de rétractation de 14 jours à certains professionnels démarchés hors établissement. Les conditions sont strictes, les délais courts, mais pour un artisan qui vient de signer sur un chantier, c'est le premier réflexe à vérifier.
Les 6 signaux d'alerte avant de signer
Aucun de ces signaux n'est illégal en soi. Leur accumulation, en revanche, dessine un montage dont vous êtes la seule partie qui ne peut pas sortir.
- On vous démarche, pas l'inverse. Par téléphone, ou directement sur le chantier. Les prestataires qui vivent de leur réputation n'ont pas besoin de signer les gens entre deux gâchées.
- La signature se fait le jour même, sur tablette. Un contrat de plusieurs milliers d'euros qui ne supporte pas une nuit de réflexion est un contrat qui craint la réflexion.
- Le prix est annoncé au mois, jamais en total. « 149 € par mois » — demandez le total engagé sur la durée, par écrit. Si le commercial change de sujet, vous avez votre réponse.
- Un troisième nom apparaît dans les papiers. Si une société de financement que vous ne connaissez pas figure au contrat, vous signez une location financière, pas une prestation web.
- Le nom de domaine est déposé par le prestataire. En partant, vous perdez l'adresse que vos clients connaissent et l'historique Google qui va avec. Le titulaire d'un .fr se vérifie en deux minutes sur le WHOIS de l'Afnic.
- La « première page Google » est promise. Personne ne peut la garantir — Google ne vend pas ses résultats naturels. Une promesse invérifiable en vitrine annonce la couleur du reste.
Vous avez déjà signé : ce qui est encore possible
D'abord, ne cessez pas de payer sur un coup de colère — c'est la voie la plus rapide vers une exigibilité immédiate du solde. Ensuite, dans l'ordre :
Vérifiez la fenêtre de rétractation. L'article L221-3 du Code de la consommation ouvre un droit de rétractation de 14 jours au professionnel qui remplit trois conditions : le contrat a été conclu hors établissement (chantier, domicile, foire — le démarchage téléphonique suivi d'une signature à distance peut aussi entrer dans ce cadre), l'entreprise emploie 5 salariés au plus, et l'objet du contrat n'entre pas dans le champ de son activité principale. Un site web pour un plombier remplit presque toujours cette troisième condition. Si vous êtes dans les 14 jours : lettre recommandée avec accusé de réception, sans attendre.
Relisez le contrat, ligne à ligne. Qui est le bailleur ? Quelle durée, quel total, quelle clause de reconduction, quel préavis de dénonciation ? Beaucoup d'artisans découvrent à cette lecture qu'ils ont jusqu'à une date précise pour dénoncer la reconduction — notez-la, envoyez la dénonciation en recommandé dès maintenant, même si l'échéance est dans deux ans.
Documentez les manquements. Site jamais livré, pages vides, coordonnées fausses, promesses écrites non tenues : chaque écart entre le contrat et la réalité, capture d'écran datée à l'appui, pèse dans une négociation ou un contentieux.
Faites-vous accompagner. Un avocat, votre expert-comptable (qui a probablement déjà vu passer ce type de contrat chez d'autres clients), ou une organisation professionnelle du bâtiment. Ne restez pas seul face à un service contentieux dont c'est le métier.
Préparez la sortie. Même engagé, rien ne vous interdit de construire votre présence ailleurs : un site dont vous êtes propriétaire, sur un domaine déposé à votre nom, prêt à prendre le relais le jour où le contrat s'éteint. Le nom de domaine est le point stratégique : c'est lui qui porte votre historique Google.
Le calcul à faire avant tout engagement
Un site vitrine d'artisan est un outil, pas une charge fixe. La question à poser avant de signer quoi que ce soit tient en une ligne : combien au total, et qu'est-ce qui m'appartient à la fin ?
| Formule | Coût total sur 4 ans | À la fin, il vous reste… |
|---|---|---|
| Location financière 150 €/mois | 7 200 € | Rien — le site et souvent le domaine restent au prestataire |
| Location financière 250 €/mois | 12 000 € | Rien |
| Agence locale, achat | 1 500 à 5 000 € | Le site vous appartient (vérifiez le domaine) |
| Générateur IA en paiement unique (Sitigo) | 69 € + domaine facultatif | Le site, exportable en ZIP, hébergement inclus |
Le détail des postes de coût et la comparaison complète des solutions sont dans notre guide Combien coûte un site web pour un artisan. L'essentiel tient en une règle : n'engagez jamais sur un site plus que ce que vous accepteriez de perdre si le prestataire disparaissait demain. Un paiement unique borne ce risque au prix payé ; une location de 48 mois l'étend à quatre ans de loyers.
C'est le principe sur lequel Sitigo est construit, à l'opposé exact de la location : 69 € une fois, zéro abonnement, hébergement inclus. Le code complet du site se télécharge en ZIP depuis votre espace client — cette exportabilité est inscrite dans nos CGU. Pas de crédit, pas de leasing, pas d'organisme de financement : si le site ne convient pas, la garantie « satisfait ou remboursé » de 30 jours s'applique, sans condition. Un site web s'achète comme une visseuse : on paie, il est à vous.
Un site qui vous appartient, pas un loyer
69 € une fois, hébergement inclus, code exportable en ZIP. Si le résultat ne vous convient pas : remboursé sous 30 jours.
Créer mon site — 69€Questions fréquentes
Peut-on résilier un contrat de location de site internet ?
Difficilement. Un contrat de location financière signé entre professionnels est un engagement ferme : l'insatisfaction sur le site livré n'est en général pas un motif de résiliation, car le bailleur n'est pas le prestataire qui a fait le site. Les pistes sérieuses : un vice de forme du contrat, un manquement démontrable du prestataire, ou la rétractation de 14 jours de l'article L221-3 du Code de la consommation (contrat hors établissement, 5 salariés au plus, objet hors du champ de l'activité principale). Faites vérifier votre contrat par un professionnel du droit avant toute décision.
Combien coûte réellement un site en location sur 4 ans ?
Le calcul est mécanique : 150 € par mois sur 48 mois, c'est 7 200 € — hors frais de mise en service et hors reconduction. À 250 € par mois, 12 000 €. En face, un site en paiement unique va de 69 € (générateur IA spécialisé) à 3 000 € (agence sur mesure), pour un livrable souvent équivalent.
Que devient le nom de domaine à la fin du contrat ?
Tout dépend de qui l'a déposé. Dans beaucoup de contrats de location, le domaine est enregistré au nom du prestataire : en partant, vous perdez l'adresse que vos clients connaissent et l'historique Google qui va avec. Vérifiez le titulaire sur le WHOIS de l'Afnic (pour un .fr) et exigez d'en être le titulaire — notre guide nom de domaine détaille le sujet.
Un artisan est-il protégé par le droit de la consommation ?
En principe non : il protège les particuliers. Mais l'article L221-3 du Code de la consommation étend certaines protections — dont la rétractation de 14 jours — au professionnel démarché hors établissement, employant 5 salariés au plus, quand l'objet du contrat n'entre pas dans son activité principale. Un site web pour un carreleur remplit souvent cette condition. Les délais sont courts : agissez vite.
La location d'un site internet est-elle un crédit ?
Économiquement, elle s'en approche fortement : un organisme paie le prestataire comptant, et vous le remboursez par loyers sur 36 à 48 mois, pour un total très supérieur à la valeur du bien. C'est la mécanique du leasing de photocopieur. La différence juridique — ce n'est pas un crédit au sens du Code de la consommation — joue contre vous : les protections de l'emprunteur ne s'appliquent pas.